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vendredi 21 septembre 2012

Jour gras [Southeast Jones]

                                                                                   Mardi

La viande est vraiment  savoureuse. André en reprend une belle part  qu’il agrémente d’une
énorme portion de purée. En face, Simone mange, les yeux mi-clos, le visage figé en un masque quasi
extatique.  Il ramasse les dernières rondelles d’oignons frits avec un bout de pain, rote avec
satisfaction et sourit. Sa femme engloutit une dernière et monstrueuse bouchée qu’elle mastique
longuement ; un long filet de salive mêlée de sauce coule de la commissure de ses lèvres et va se
perdre sur le haut de sa robe déjà passablement souillée par des fragments de nourriture poisseux.
Elle se lève, se sert un porto en passant et s’installe dans le fauteuil près de la fenêtre.  Le rituel est immuable,  dans moins de dix minutes, elle dormira.
André range la dernière assiette et contemple Simone, elle sombre lentement dans la folie.
Elle a été plutôt calme ces derniers temps, demain devrait bien se passer, après…

samedi 21 juillet 2012

AMBRE SOLIS [Gallinacé Ardent]


AMBRE SOLIS

Je suis celle qui regarde les gens mourir.
Ils se vident de leur sang sous mes yeux, le regard stupéfait. Leur pupille se vide, s’assèche, se fige. Ils semblent tous incrédules, ils ne peuvent pas croire : je suis en train de mourir.
Je suis leur ange. Ange bien imparfait : invisible, inactif, incapable de retenir leur destin. Dans la plus complète impossibilité de les sauver. Ils meurent, parce qu’ils sont déjà morts. Ca a été écrit. Mieux : ca a été photographié.
Aujourd’hui :
C’est la fin de matinée. La lumière du matin est claire, nette, presque tranchante. Un groupe de trois enfants jouent dans un parc. Il n’y a absolument aucun son dans l’air. On dirait un film. Je suis là, je les regarde. J’attends le camion de 38 tonnes qui va surgir au moment précis où ils traverseront la route en criant, inconscients. Le conducteur prendra la fuite. Il n’y a rien à faire.
Au bout de la montée, la silhouette du véhicule est apparu. Tous les hurlements du monde n’auraient pu le faire dévier de sa route.
 (Je note sur le carnet : camion de 38 tonnes, bleu, marque Hyundai. Plaque d’immatriculation : ZX 181 7A. Nom lu sur le permis de poids lourd affiché dans l’habitacle : Gregory Lambert, 35 ans. L’homme qui a tué les trois enfants en leur roulant dessus, et qui a pris la fuite.)

vendredi 20 avril 2012

La Vérité Nue [Nosfé]




Note de l’auteur : ce texte à été écrit dans le cadre de l'Atelier des Madnautes, lors d'une session ayant pour thème : John Carpenter. Toute ressemblance avec des œuvres telles que Invasion Los Angeles ou Prince des Ténèbres est donc parfaitement assumée. Revendiquée, même.   

Je somnolais à moitié derrière mon volant.
La nuit était déjà bien avancée, et à la fatigue de cette heure tardive se mêlait l’alcool ingurgité pendant le repas. Merde, revoir les potes du lycée, c’était sympa, mais ça me rappelait toujours à quel point j’étais trop vieux pour ça.
5 ans que je les avais pas vus ; Lucie avait pas changé, Marc non plus. Enfin, je crois. Je ne l’avais pas trop connu, lui, à vrai dire. Juste qu’il sortait avec elle. On se demandait ce que cette fille, première de sa classe scientifique, pouvait faire avec un nerd qui faisait son BTS électronique… Et ils étaient restés ensemble, et lui avait trouvé un boulot dans la téléphonie, avait été muté, et elle l’avait suivi. Et voilà qu’ils étaient de retour dans la région, à l’aune d’une nouvelle mutation, et qu’on se retrouvait. Sympa, la mutation, à ce qu’il me disait. Il prenait du galon, était mieux payé, et bossait dans ce nouveau super-central qui gérait des milliers de téléphones, de portables, de connexions internet…
« Tu passeras devant en repartant, de toute façon ! Le grand bâtiment à la sortie, 300 mètres après le Carrouf » qu’il m’avait dit.
C’est vrai qu’il était impressionnant son truc. Un grand cube blanc hérissé d’antennes et de paraboles, brillant dans la nuit sous la lumière des spots. Je le regardais longuement en roulant, ralentissant mon allure, comme fasciné…
Un bruit sourd à l’avant. D’instinct, sans même m’en rendre compte, je freinai. Une masse souple, noire, roula sur le capot et disparut sur le côté de la voiture. Tétanisé, sorti de ma torpeur par la subite montée d’adrénaline, je regardais partout. J’aperçus un mouvement dans mon rétroviseur. La masse sombre était allongée au sol, sur le bord de la route. Je pensais avoir à faire à un sanglier, ou un chevreuil. Merde. Ça se redressait, se relevait. Un homme. Autant par inquiétude que par civilité, je sortis de la voiture.
« Rien de cassé ? » je demandai en m’approchant. Le gars finissait de se redresser. Il était très grand, quasiment deux mètres, et visiblement très fin, maigre comme un clou. Pour ne rien arranger, il était habillé de vêtements amples, presque trop grands pour lui. Un pantalon de travail et un sweater à capuche, sales et troués. Il m’avait tout l’air d’être un paumé, un SDF. Pour toute réponse, il me lança un sourire grimaçant. Il se tenait la jambe droite.
« C’est sûrement rien.
- Vous êtes sûr ? Je peux vous amener aux urgences, qu’ils vous examinent.
- Non, pas d’hôpital. Ils vont me… non.
- Mais je peux vous ramener. Vous aider. Faire quelque chose pour vous… Vous avez faim ?
- Oui ! Non. Je… Pardon. »
Comme si c'était à lui d'être gêné pour avoir heurté ma voiture. Il commençait à marcher, à reprendre sa route en traînant la jambe, puis, l’esprit déjà ailleurs, il commençait à regarder autour de lui. A chercher quelque chose par terre.
« Si je peux vous aider… repris-je en le suivant.
- Mes lunettes. J’ai perdu mes lunettes. »
Pas tout à fait le genre de réponse à laquelle je m’attendais, mais je me mis toutefois à chercher avec lui, à ratisser la route et les bas-côtés à proximité. Il avait sorti une lampe torche de je-ne-sais-où. Dans un cri de joie, il se jeta dans le fossé à proximité pour en ressortir l’instant d’après. Il abaissa sa capuche. Sur son crâne, une calotte luisante. Toute sa tête, sauf le visage, était couverte de plusieurs couches superposées et soigneusement scotchées de papier aluminium. J’eus à peine le temps de m’en étonner qu’il mit ses lunettes. Une grosse monture de plastique rouge pâle soutenant deux verres teintés verts.
Des lunettes 3D.
Des putains de lunettes 3D de cinéma.

vendredi 3 février 2012

Le Jour et la Nuit [Corvis]


SÉQUENCE 1 : EXTERIEUR (RUES DE LA VILLE)/CRÉPUSCULE

Une ville vide, endormie.
Un chat passe.
Progressivement, l’aube point, le ciel s’éclaircit, les rues de la ville se distinguent de mieux en mieux. Un peu partout dans la ville, des personnes déambulent. Elles ont l’air perdues, ou ivres. Plus le soleil se lève, plus on voit de personnes errer dans les rues, dans une semi-pénombre ou en contre-jour.
X est assis sur un banc, le soleil levant dessinant les contours de sa silhouette. Il se redresse légèrement, passe devant le soleil, effaçant le contre-jour. C’est un zombie. Ses mouvements ne sont ni réfléchis, ni précis, seulement spontanés et maladroits. Il a presque la démarche et les réactions d’un enfant. Il semble simplement mû par son instinct, ne conservant qu’une lueur d’humanité dans son regard. X se lève gauchement et commence à marcher en claudiquant, suivant mécaniquement une destination. Il déambule dans les rues de la ville, croise des voitures abandonnées, des poubelles renversées, des boutiques vides, et d’autres zombies errant comme lui sans but. Il finit par se retrouver devant une villa aux murs abimés et rongés par le lierre, la porte ouverte à moitié. Après avoir posé sur elle un regard vide et hébété, il entre mécaniquement.

vendredi 4 novembre 2011

Au cinquième jour [Corvis et Martin Lopez)


       Cinquième jour.
On était douze au départ, nous ne sommes plus que cinq. Les seules munitions qui nous restent serviront à nous suicider. Les barricades ne tiendront plus longtemps. J’essaie de regarder en arrière, de repenser à toute cette histoire depuis le départ, mais je n’y arrive vraiment pas. Et comme il n’y a plus de futur vers lequel se tourner… Ma tête est vide. Mon arme aussi. Mon cœur également, je ne ressens plus aucune émotion. Je n’ai plus peur, je n’ai plus de colère en moi. Je suis aussi vide que les créatures qui nous attendent dehors. Je veux juste que ça finisse.    

Sens Dessous [Dark Knight 59]

SENS DESSOUS
Ou le jour où Dieu dit : que les ténèbres soient.


Il est difficile de voir son propre reflet dans un écran d’ordinateur lorsque ce dernier est en veille et qu’il n’y a plus de lumière. Au bout d’un certain temps, les yeux s’habituent à l’obscurité, mais à plus de cent mètres en dessous du sol, les ténèbres restent si présentes que l’on préfère garder les yeux fermés, comme un petit enfant fuyant l’obscurité nocturne de sa chambre en se pelotonnant sous ses couvertures, bien à l’abri du dévoreur de pieds présent sous le lit chaque nuit. Cela permet de développer légèrement ses autres sens. Adonnez-vous à cet exercice. Pendant quelques instants, fermez les yeux et amusez-vous à sentir votre odorat et votre ouïe devenir plus sensibles au monde. 

samedi 15 octobre 2011

L'escabeau de Jacob [Wolvie]



             Comment le dire de manière claire et sans ambiguïtés ? Le jour où je reçus le SMS d'Anna dont le contenu – 3 petits mots et votre vie s'écroule – disait sans ambages : « je te quitte », je touchai le fond. Désemparé, d’autant que je ne pouvais la joindre – j’ignorais où elle était et quand je l’appelais, je tombais inexorablement sur sa messagerie – je finis par sombrer sous l'effet de l’alcool dans une sorte d’état second. Allongé en slip sur le canapé couleur aubergine – elle adorait cette couleur, je la détestais, déjà un signe, non ? – mon esprit se mit à divaguer. Oh, rien d’exceptionnel. Des fragments de moments heureux, des éclairs de colère, des images d'étreintes passionnées. Mais, au bout d'un moment, le whisky fit son effet et je fus absorbé par un grand trou noir sans rêves. Jusqu’à ce qu’un bruit difficile à identifier – surtout avec la tête en compote – m’en sortit. Tout d’abord je mis cela sur le compte d’une fuite. Habitant sous les toits dans un appartement mansardé, il s’était déjà produit ce genre d’incident. Mais plus j’émergeais – putain de cervelle, on aimerait tant parfois ne pas avoir à penser –, plus l’origine du bruit semblait indistincte et curieuse de ce fait. Péniblement, sur un rythme d’escargot ayant abusé de son bon vin de Bourgogne, je fis le tour de l’appartement. Soit un salon, une cuisine, une chambre et une salle de bain. Rapide quoi malgré ma lenteur. Mais rien à faire. Le bruit allait même en s’intensifiant et ce, sans cause visible. J’ouvris les Velux, me trempai la gueule sous la pluie battante – rien à fiche de toute façon – mais hormis deux trois pigeons qui ratèrent leur cible – soit ma tête – en déféquant, je ne vis rien d'inhabituel. De retour allongé sur le canapé. Toujours cette couleur à gerber. D’ailleurs je gerbai. Le carrelage gris prit une teinte orange. A nouveau le trou noir. Trente minutes plus tard, le crâne en feu, j’ouvrais avec quelques difficultés un œil. Le bruit était toujours là. De nouveau le tour de l’appartement. De nouveau les pigeons. Rien d’inhabituel. Bref, excepté ce bruit, et mon mal de crâne, ah et la dépression qui semblait me guetter, tout allait bien.

vendredi 14 octobre 2011

Jeffrey [Dark Knight59]


Journal du docteur Cheryl Garland - 16 juin.

Je repense beaucoup à Adam depuis ce matin. Jamais je n’avais rencontré un petit garçon comme lui. Au cours de ma carrière, j’ai eu affaire à de nombreux cas complexes, comme la jeune Karen, il y a huit ans de cela. L’un des plus intéressants cas de délire paranoïaque que j’aie rencontré. La fillette était persuadée que les chats étaient des êtres dotés d’un pouvoir de jugement aussi puissant que le bon Dieu lui-même. Elle me répétait sans cesse que si son Wolfgang (un Chausie tout ce qu’il y avait de plus banal) la regardait de ses grands yeux verts, c’est qu’il cherchait à épier la moindre erreur de comportement, et qu’à la plus petite incartade, elle serait envoyée directement en enfer. Elle avait donc tué un nombre incroyable de chats, le sien y compris, et n’avait éprouvé aucun remord. D’après elle (et cette phrase me restera gravée en tête pour le restant de mes jours), « La nuit, tous les chats sont morts. » Et ce n’est pas tant la phrase qui m’avait marquée, mais plutôt son regard, et la folie que j’y ai perçue. La petite était déjà perdue dans son délire depuis longtemps. La ramener sur les sentiers de la raison était déjà une cause perdue d’avance. Au moins, je sais que désormais elle coule des jours plus tranquilles dans notre bon vieux Bellevue Hospital Center. Vais-je devoir recourir aux mêmes mesures de sécurité concernant Adam ? Je le crains fort. Karen semblerait presque saine d’esprit à côté de lui…


mardi 30 août 2011

Cauchemars [Maniak]


Un bruit mou retentit dans le noir. La lumière verte d'une enseigne au néon baigne les murs de la chambre au travers de la fenêtre, et vient ramper jusque sur les draps humides. Les jambes entortillées dans les draps et la peau luisante de sueur, l'homme se redresse dans la pâle lueur. Tout autour de lui, l'obscurité. Seule sa respiration haletante vient troubler le silence. Ses yeux scrutent la nuit. L'oreille aux aguets, il tente de percevoir à nouveau le bruit qui l'a réveillé. Rien ne se passe. L'homme se recouche. Il tourne sur lui même, ce qui a pour effet d'emprisonner un peu plus ses jambes, bouge encore un peu, puis se rendort.

dimanche 31 juillet 2011

Space Cathédrale [DarkCowBoy]

      Je suis mort.
      Encore une fois, je suis mort. 
      C'est la première pensée qui me vient lorsque je m'éveille dans la cuve, comme à chaque fois. Mon passé, les détails m'échappent, comme un rêve nous échappe au réveil, et je les sens, comme lorsqu'on a un mot sur le bout de la langue, si proches, sans pouvoir m'en saisir.