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samedi 15 octobre 2011

L'escabeau de Jacob [Wolvie]



             Comment le dire de manière claire et sans ambiguïtés ? Le jour où je reçus le SMS d'Anna dont le contenu – 3 petits mots et votre vie s'écroule – disait sans ambages : « je te quitte », je touchai le fond. Désemparé, d’autant que je ne pouvais la joindre – j’ignorais où elle était et quand je l’appelais, je tombais inexorablement sur sa messagerie – je finis par sombrer sous l'effet de l’alcool dans une sorte d’état second. Allongé en slip sur le canapé couleur aubergine – elle adorait cette couleur, je la détestais, déjà un signe, non ? – mon esprit se mit à divaguer. Oh, rien d’exceptionnel. Des fragments de moments heureux, des éclairs de colère, des images d'étreintes passionnées. Mais, au bout d'un moment, le whisky fit son effet et je fus absorbé par un grand trou noir sans rêves. Jusqu’à ce qu’un bruit difficile à identifier – surtout avec la tête en compote – m’en sortit. Tout d’abord je mis cela sur le compte d’une fuite. Habitant sous les toits dans un appartement mansardé, il s’était déjà produit ce genre d’incident. Mais plus j’émergeais – putain de cervelle, on aimerait tant parfois ne pas avoir à penser –, plus l’origine du bruit semblait indistincte et curieuse de ce fait. Péniblement, sur un rythme d’escargot ayant abusé de son bon vin de Bourgogne, je fis le tour de l’appartement. Soit un salon, une cuisine, une chambre et une salle de bain. Rapide quoi malgré ma lenteur. Mais rien à faire. Le bruit allait même en s’intensifiant et ce, sans cause visible. J’ouvris les Velux, me trempai la gueule sous la pluie battante – rien à fiche de toute façon – mais hormis deux trois pigeons qui ratèrent leur cible – soit ma tête – en déféquant, je ne vis rien d'inhabituel. De retour allongé sur le canapé. Toujours cette couleur à gerber. D’ailleurs je gerbai. Le carrelage gris prit une teinte orange. A nouveau le trou noir. Trente minutes plus tard, le crâne en feu, j’ouvrais avec quelques difficultés un œil. Le bruit était toujours là. De nouveau le tour de l’appartement. De nouveau les pigeons. Rien d’inhabituel. Bref, excepté ce bruit, et mon mal de crâne, ah et la dépression qui semblait me guetter, tout allait bien.

samedi 6 août 2011

A genoux [Wolvie]

                  Je crois que lorsque cela m’arriva, seule l'impression constante d’avoir perdu pied résonna au fond de moi comme un pouls régulier. Vous savez, ce sentiment que votre monde s’écroule, celui-là même que l’on rabâche dans tous ces films dramatiques, mélodrames larmoyants censés vous montrer à quel point la vie est cruelle. Des films faits par des gens qui justement n’ont pas connu cette souffrance. Parce que quand on la ressent, aucun mot, aucune image, ne peuvent la faire comprendre et encore moins la soulager. C’est peine perdue. Soit l’on se noie dans l'alcool ou l’on se shoote à coups de cachetons, soit on pleure à n’en plus finir, et seuls vos cris déchirants témoignent alors de votre douleur et font office de pansement, mais à quel prix dans ce cas. Car, lorsque l’on perd un être cher, encore plus quand c’est celle avec qui vous partagiez votre vie, plus rien ne vous retient. Et pas uniquement à la vie. À tout.