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vendredi 18 octobre 2013

Monde de merde [Corvis]

MONDE DE MERDE


« Merde, c’était un rêve, le cauchemar c’est quand on s’éveille. »
- André Franquin, Idées Noires



Les plus belles roses naissent du fumier le plus vil
Elles vivent, croissent et s’élèvent, puisant leurs parfums suaves dans les pires immondices
Les pieds dans la merde, elles regardent le ciel
Et un jour, éventuellement, elles se flétrissent et fanent, retournant à la terre et à ses déjections
Comme ces roses, l’Homme est sorti de l’ordure
Il se répand, et pousse, et lance au firmament un regard plein d’espoir
Et comme les roses un jour, il retournera à ce qui l’a vu naître
Des cendres aux cendres
De la poussière à la poussière
De la fange à la fange



Ce matin là, Bon Papa s’éveilla avec un goût amer dans la bouche.
Il avait le cœur lourd et l’esprit étourdi.
Il aurait pu dormir encore, au milieu des étoiles, et oublier tout ça. Après tout, il décidait du matin, des rêves et du temps qui passe. Mais depuis peu, la vie, qu’il avait créée, aussi, un soir de solitude, le préoccupait.
La boule de terre qui traînait à ses pieds, ce petit morceau de glaise dont il s’était occupé pendant si longtemps, ne brillait plus comme avant. Les fourmis tristes qui la peuplaient couraient tant et tant en brandissant leur colère qu’ils finissaient par la dévorer dans une effervescence sauvage. Ces petits humains, si fiers, si seuls, qui avaient été semés là presque par hasard, criaient beaucoup et se frappaient très fort, juste pour savoir qui avait le plus raison.
La Planète Bleue se diluait dans le rouge.
Les hommes se savaient égaux, et chacun espérait être plus égaux que les autres.
Alors qu’ils faisaient tous caca de la même façon.

Bon Papa regardait pensivement son petit monde s’étioler, traçant des sillons douloureux comme autant de veines à tailler. Partout des vociférations, partout des pleurs, partout des luttes, des guerres, des crimes et des bras armés. Les hommes bâtissaient des tours, des ponts, des familles et des royaumes, puis, inexorablement, ils fabriquaient de quoi les détruire.
Et Bon Papa, la peau glacée, se dit que cela suffisait. Il était temps de prendre les choses en main.

jeudi 8 mars 2012

L'odeur des légendes [Screamy]


Il était une fois, en notre belle île de la Réunion, un nègre marron nommé Anchaing et sa belle compagne Héva qui vivaient dans la peur du chasseur d'esclaves Bronchard.
Ainsi commencent toujours les récits transmis de génération en génération. Tous divergent cependant quant au sort d'Anchaing. A-t-il été tué ? Capturé ? S'est-il enfui en laissant sa famille à la merci du prédateur blanc ? S'est-il changé en oiseau rapace en tentant de sauver Héva de la mort ?
          Un gramoun connaissait un tout autre récit. On l'appelait tous Papa Cello et jamais sa verve n'était aussi inspirée que lorsqu'il avait bu sa bouteille de rhum blanc pour célébrer Noël. Et c'est par une de ces soirées où les étoiles scintillaient avec bienveillance sur nos têtes échauffées par la fête, le rhum et la joie de célébrer la naissance de Notre Seigneur que Papa Cello, nageant dans un costume de Père Noël trop grand et trop chaud, monta maladroitement sur une barrique pour mieux haranguer la foule. 
“Ecoutez ! Ecoutez ! gueula-t-il en dévoilant ses chicots noircis. En cette nuit bénie entre toutes, mi vais vous arconter listwar vré du Neg' Maron Anchaing et ce qui est arrivé por li vré !” 

jeudi 3 novembre 2011

Pourquoi il faut consciencieusement nettoyer les toilettes après usage [Herr Mad Doktor]


            Il était une fois, en des temps troublés, un juge à la sévérité sans pareille…

A l’issue d’un procès qui avait défrayé la chronique, le jury condamna à l’unanimité M. Walter Colza, dit L’Abomination des Cabinets de Westwood, à la peine capitale ; il n’avait pas tiré la chasse.  
« Et vous pouvez vous estimer heureux ! le sermonna le Juge O’Balley. En regard de ce crime barbare, je trouve la sentence plutôt clémente. La pauvre femme qui a eu la malchance de découvrir les fruits de votre forfait perfide demeurera constipée pour le restant de ses jours ; quant au lieu du crime, le très chic immeuble Westwood, il a dû être entièrement détruit pour des raisons sanitaires. Par votre faute, trente honnêtes employés se retrouvent au chômage technique. Puissiez-vous vivre avec cela sur la conscience… A mon sens, un tel outrage aurait mérité une séance de torture à l’ancienne, avec tisonnier chauffé à blanc et supplice de la roue. Mais vous avez de la chance : ce matin, je suis allé à la selle. »
Les gendarmes emmenèrent le condamné, abasourdi.
« Accusé suivant ! » hurla le Juge O’Balley, en martelant frénétiquement son pupitre.

Monsieur Léonard et le Ca(ca)pitalisme [Herr Mad Doktor]


Il était une fois, au 23ème étage d’un HLM de Province, un inventeur en herbe appelé M. Léonard, dont la dernière et formidable trouvaille promettait de rapporter un maximum de pépettes…  
Ce n’était pas tous les jours que l’on découvrait un moyen de propulsion révolutionnaire! Ecologique par nature, inépuisable, gratuit, son moteur new-age avait tout pour conquérir le monde. Les rois du pétrole dans leurs palais d’Orient n’avaient qu’à bien se tenir : sa Caca-Mobile© était sur le point de casser la baraque ! Certes, quelques menus détails restaient à régler, mais les grandes lignes de son projet étaient toutes tracées...

Le Secret des elfes [Herr Mad Doktor]


            Il était une fois, dans le lointain et méconnu Royaume du Rek’Thüm, un elfe qui faisait caca. Tout du moins, qui essayait… Parce qu’elle était bien gentille, Mère Nature, d’avoir filé à son peuple le don de Communication Universelle, mais franchement, sans vouloir la vexer, ça ne facilitait franchement pas l’intimité.
« Un don, un don, maugréa l’intéressé en bouchant vainement ses oreilles pointues, une saleté de fléau, ouais ! »   
A son corps défendant, l’elfe Sylvain (c’était là son petit nom) comprenait en effet le doux chant des oiseaux, le dur langage des pierres, et même le vert parler des mauvaises herbes. Du matin au soir, leurs voix imbéciles s’infiltraient impudemment dans sa caboche, et vous savez quoi ? Tous autant qu’ils étaient, les enfants de Mère Nature se fendaient la poire : « L’elfe fait popo ! l’elfe fait popo ! », voilà ce qu’ils chantonnaient à tue-tête. Difficile, dans ces conditions, de trouver un coin où déposer tranquillement ses petites affaires…