<< Après la stupéfiante révélation que l’actuel président était en réalité un robot, le premier ministre Seth Archer a accepté d’assurer l’intérim en attendant la prochaine élection dans 2 ans ; les autorités soupçonnent la première dame d’avoir remplacé son mari, accidentellement décédé, dans le plus grand secret. Plus d’infor… >>
Même les fenêtres closes, il pouvait entendre distinctement la voix stridente et désincarnée du drone informatif qui sillonnait le quartier, mais il n’y prêta aucune attention, ici-bas ce gros frelon mécanique faisait partie du décor, et toute son attention était retenu par les courbes qui ondulaient devant lui.
Elle dansait, juste pour lui, agitait son corps, ses bras, ses mains, au bout desquelles ses ongles écarlates voltigeaient dans l’air comme des flammèches ; elle l’ensorcelait pendant qu’il restait assis sur le vieux sofa usé et abimé, à contempler le spectacle qu’elle offrait, pour lui seul.
C’était le même rituel chaque semaine, après le lycée, il se rendait dans ce quartier délabré, amoncellement de hautes tours de briques rouges en ruine avec vue sur la zone industrielle ; un immeuble calme et paisible, avec seulement un môme près de l’entrée qui vendait la dernière drogue à la mode dans les quartiers paumés, un stimulant qui permettait de booster ses synapses pour se brancher directement au Flux : mieux que de regarder la télé, on pouvait la vivre, la sentir couler directement à l’intérieur de vos neurones.
Il grimpait les marches le long de couloirs sombres et sans lumières, direction le sixième étage, un studio exigu à l’odeur d’encens.
C’est dans cet alcôve presque coupé du monde que la transe commençait, elle se déshabillait, gardant ses sous-vêtement sombre sur sa peau pâle, puis elle faisait danser ses membres devant lui, elle l’hypnotisait, le fascinait, il suivait le moindre de ses mouvements…
Elle avait toujours voulu être danseuse, lui avait-elle dit une fois, mais elle n’avait jamais réussi, ils n’avaient jamais voulu d’elle ; elle avait essayé, dans des bars, des cabarets, parfois trop sordide pour elle, mais à chaque tentative, ils lui avaient fait comprendre que ce ne serait pas possible, plus ou moins poliment, plus ou moins violemment. Elle portait encore un bleu sur l’aine, preuve de son dernier essai.
Aujourd’hui, c’était trop tard, à 48 ans elle était trop vieille pour ce genre d’aventure, pour ce genre de rêve… alors il lui avait dit qu’il aimerait la voir, la voir danser, juste pour lui, il serait son public, lui s’en fichait de son âge…et du reste.
Alors elle a commencé.