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jeudi 8 octobre 2015

Une renaissance [Yoann]

Mars, Olympus Mons, 18 juin 2259


Monsieur P. M. dormait profondément. Il avait laissé les fenêtres de sa chambre grandes ouvertes, espérant ainsi y faire entrer un peu de la fraicheur nocturne. Voilà maintenant trois semaines que la canicule s’était abattue sur les plaines et plateaux désolés de la planète rouge.
Le Soleil était entré dans un nouveau cycle de turbulences, et la majorité de l’énergie produite par les Centrales Nucléaires Individuelles était redirigée vers les boucliers-écrans protégeant les habitations, écartant la multitude de rayonnements mortels en provenance de l’étoile. Tout cela au détriment des régulateurs atmosphériques qui avaient tendance à surchauffer. Aussi, malgré l’air froid et sec de Mars régnant autour des impalpables champs de force, la température frôlait régulièrement les quarante degrés à l’intérieur des quasi-dômes d’habitations.

mercredi 24 septembre 2014

L'interdit [Yoann]

            Prologue


« On l’a fait avec Georges avant de venir, et uniquement parce que le Quota l’exigeait. Bon, aussi parce qu’on s’est fait sanctionner à la période précédente parce qu’on ne l’avait pas fait assez. On est sur le radar du Ministère, du coup faut donner bonne impression. Quoi qu’il en soit, je ne regrette pas du tout. Ça a été super rapide et chiant au possible, j’ai absolument rien ressenti. Aucune sensation, rien de chez rien. La meilleure baise de toute ma vie. »

L’an 2534, sur Terre.

La planète bleue n’est plus qu’un vague souvenir d’images d’archives poussiéreuses ou de peintures d’artistes rétro. Acier, béton et pollution, tel est le nouveau visage de la planète. D’immenses mégalopoles recouvrent plus de 90% de la surface, le reste étant dédié aux immenses glaciers artificiels des pôles, servant à l’approvisionnement en eau des populations.

Les montagnes, vallées et plateaux ont disparu, remplacés par d’immenses forêts de gratte-ciels, de flèches d’habitations et de cheminées d’usines. Cette nouvelle Terre scintille de l’éclat du métal la journée et est éclairée de mille et une lumières artificielles la nuit. L’Homme est devenu une entité ne dormant jamais vraiment, le calme, le silence et le repos devenant des concepts très relatifs dans cette réalité.

L’origine de ce désastre écologique prend racine au cours des XXème et XXIème siècles, lorsque les mœurs de la société ont commencé à se libérer. Quel rapport entre le deux me direz-vous ? La réponse se trouve dans ces quatre mots : sexe, drogues, alcools, médicaments. Toujours plus, toujours plus fort, toujours plus loin.

Anarchie. Voilà ce qu’était devenue l’Humanité moderne, des milliards de personnes trop gangrenées par la maladie, trop stone ou en manque pour s’inquiéter de choses aussi triviales que la nourriture, l’écologie ou la santé. L’Homme de cette époque était accro à tout ce qui pouvait modifier ou faire plaisir à son corps, tout ce qui le ravageait en fait. Mais le pire des vices de cette époque était le sexe. Coucher tout le temps, avec tout le monde et sous l’influence de toutes les substances existantes, voilà ce qui était la priorité numéro un en ce temps. Favorisant ainsi la transmission des maladies.

SIDA, SIDC (Syndrome d’ImmunoDéficience Contagieuse), Rift Tueur, Néo-Ebola, Rage Z, Cancers Sauteurs… sans compter les innombrables souches bactériennes devenues résistantes aux antibiotiques. Autant de pandémies ayant ravagé l’Humanité, détruit l’économie et fait s’effondrer les gouvernements. Une Apocalypse en approche, tout sauf glorieuse.

Jusqu’à ce que les Adeptes de la Pensée Pure de Dieu sortent de l’ombre. Parias depuis plusieurs décennies, prônant une vie ascétique, dépourvue de tentations, de péchés, de vices, ils se nommaient eux-mêmes la Haute Humanité. Ils valorisaient le travail, la famille et l’évolution vers un monde meilleur. Peu à peu, alors que la Grande Anarchie s’étendait à toute la planète, leurs rangs avaient grossi et ils avaient patienté. Patienté jusqu’à ce que l’Homo Sapiens Sapiens soit prêt à être renversé de sa position dominante.
Ils étaient alors sortis de leurs retraites et cueillirent sans effort cette Terre agonisante et rongée de tout part, balayant les pitoyables défenses érigées par l’Homo Drogus, réduisant en esclavage ceux qui étaient autrefois leurs frères de race. Ils éliminèrent les faibles, les vieux, les inutiles et ceux trop ravagés pour être d’une quelconque utilité. Purification, certains appelèrent cela, optimisation de la production selon d’autres.

mercredi 26 mars 2014

Le talent des Songes [Darky]



Rêve prémonitoire : se dit d’un rêve traitant d'un sujet réel, parfois de nature symbolique et semblant être une représentation d'une situation, d'un événement extérieur présent ou futur dont le rêveur n'avait pas conscience au moment de s'endormir.


On the road, again… Cette longue route de campagne mouillée, encadrée d’herbe de part et d’autre et toujours surplombée par de sombres nuages noirs. Toute la scène est plongée dans une semi-obscurité, un crépuscule agonisant en permanence. Parfois, ces ombres sont chassées par l’éclat fébrile d’un lampadaire, qui projette un pâle halo lumineux tremblotant sur le sol. Une fine brume est visible partout où je pose les yeux, mais toujours au loin. Jamais où je suis.
Ici, tout est tranquille, sans un bruit, une parfaite représentation du calme et de la sérénité.

Comme je hais cette Route.

Toutes les nuits – enfin non, presque toutes les nuits pour être exact- je me retrouve à l’arpenter. Je la parcours, toujours dans le même sens, toujours à la même cadence, toujours pareil. Rien dans son apparence ne change jamais, toujours la même luminosité, toujours la même brume, toujours tout pareil. C’est tellement déprimant de se retrouver inlassablement au même endroit morne, nuit après nuit.

La seule chose qui change dans ce tableau sont les personnes que je croise. Parfois. Il arrive que je marche pendant des heures sans croiser âme qui vive, alors qu’à d’autres moments je vois plus de monde qu’un jour de soldes dans un centre commercial. Mais ces derniers sont plutôt rares, je dois l’avouer. Et encore heureux.

Comme je hais cette Route. Comme je hais mes Rêves. Comme je hais ce qu’ils me font voir.

mardi 16 juillet 2013

Deus Ex Machina [Yoann]

         An 2268, Bulle Locale, à quelques centaines d’années-lumière de la Terre.

« Centre de Contrôle de Beta Primaris, ici le vaisseau d’exploration Majestic. Avons atteint le système P3X-999 et commençons l’analyse des planètes. Le rapport préliminaire suivra dans deux heures. Majestic, terminé. »
Le Premier Pilote Jourah cligna des yeux et le message fut envoyé. D’un regard, il appela à lui les relevés des détecteurs et, deux millisecondes plus tard, toutes les données étaient chargées dans son cerveau, via l’Implant Cybernétique classe Navigateur Or, du Syndicat Moïese, situé à la base de son crâne. Cette interface humain/machine permettait une connexion directe aux ordinateurs du vaisseau : le pilote pouvait ainsi savoir en temps réel l’état du navire, sa position dans l’espace et tout ce qui se passait à l’intérieur et à l’extérieur. Aucune lecture ou interprétation des données n’étaient nécessaire, le pilote savait tout, tout de suite. Un gain de temps considérable.
« Je la trouve un peu grognon depuis l’avant-dernier saut. T’as eu cette impression toi aussi ou c’est un fantôme ?
-Ouaip, répondit le Second Pilote Wilhem, la Grande Dame a un peu de mal à avancer aujourd’hui. Probablement une saleté dans le système anti-gravifique. Je demanderai aux ingénieurs de faire un check-up complet une fois qu’on sera posé.
-En espérant que ça ne nous lâche pas en plein atterrissage… (D’une pensée, Jourah ouvrit l’intercom). Le Capitaine est attendu sur la passerelle.
-Capitaine à l’inter. J’arrive. »