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dimanche 16 décembre 2012

Running in madness [Vieille Harpie]


         Au volant de sa 4-L Vincent mange son énième hot-dog de la matinée. Sa dalle est cosmique, il n'en n'a jamais connu de semblable. Faut dire que la cuite de la veille était foutrement hystérique. Il n'arrive pas à se sortir du crâne c'te putain d'vautrage de son pote. Il glousse devant son hot-dog. « Putain, la tête la première dans la bouse. Comment il schlinguait. Ils étaient tellement bourrés ces cons qu'ils ont fumé la bouse - Il se marre - Ils sont bien chtarbes tout de même. » Il ouvre une bouche immense pour engouffrer la moitié de la saucisse à la moutarde tout en pensant : « Ah ouais, clair, y'a qu'la saucisse et la bière qui valent la peine de vivre ». Mais bon, là, faut retourner chez les vieux, ils vont encore gueuler c'est sûr.
         Il redémarre, les New York Dolls à fond dans la 4-L :
         « All about that Personality Crisis you got it while it was hot
         But now frustration and heartache is what you got ».
         Le paysage morne de la Creuse le déprime. Il s'imagine alors sur la route 66 au volant d'une mustang jaune. Ouais, un jour il ira aux States avec ses potes. Les States, le pays de la drogue, du sexe et du rock'n'roll. Ça pue trop la décomposition en Europe. Tout y est petit, étriqué, asservi, c'est un peuple de vieux. Lui, il veut vivre vite, se consumer vite et crever dignement, l'aiguille au bras en plein concert, ou dans sa gerbe, comme les plus grands.  Il pense à sa chanson fétiche et la sélectionne dans le mp3 :
         « Je n'ai pas d'avenir,
         Je n'ai qu'un destin
         Celui de n'être qu'un souvenir
         C'est pour demain
         Je n'ai rien à croire
         Je n'ai pas d'espoir
         Je n'ai plus de passion
         Je suis en prison  » (Les frères misères)

jeudi 18 octobre 2012

Orphée [Vieille Harpie]


Orphée
à Lila

Les mésanges batifolent et les merles sautillent.
Dans le jardin public les écureuils s'ébrouent.
Mais le vieil Orphée admire les cloportes,
Ces lucifuges gris ardoise en quête de bois mort,
d'anfractuosités, d'humidité sombre et de caves.
D'un petit coup de brindille il effraie
l'individu nécrophage qui se roule en boule.
Les sept paires de pattes s'agitent et bousculent
les souvenirs d'Orphée...

1.

À la proue de sa lyre il a contemplé
les paysages zénithaux d'un monde révélé
dont les chants, déguisés en jachère,
se nouaient à son corps.
Serpents agiles, serpents libres,
ils pénétraient sa chair et le transformaient.
Peu lui importait alors, à l'aube de sa vie,
les excroissances joyeuses qui le ornaient.
Les animaux commensaux, instillant le savoir gai,
étaient sa toge monstrueuse.
Gorgone il devenait.
Chaque bouche cinglante,
d'une voix de brume, arrachait voiles, mâts et cordées
et les naufrages se multipliaient.
Les noyés, vaticinateurs orgueilleux et stupides,
dans les abysses étaient radiolaires :
bal de prédateurs rassasiés autour de foyers virevoltants.
La répugnance n'atteignait pas ses pensées,
Réjouissance était le mot d'ordre, réjouissance
et absence de pitié :
à chaque érection des serpents
son intransigeance transmuait...

Mais vinrent, au seuil de l'enfance, les visages faméliques
des condottieri et des furies.